
Octobre. Les températures baissent, les journées raccourcissent et les triathlètes commencent à ranger leurs combinaisons.
Enfin, en théorie.
La saison 2026 touche à sa fin. Cassandre Beaugrand vient de remporter son deuxième titre mondial sur le circuit WTCS à Pontevedra, Vincent Luis vient de gagner l’Ironman d’Hawaii dès sa première participation.
Pendant ce temps, le triathlète amateur français affronte une épreuve autrement plus difficile : ne rien faire.
Car chaque année, c’est la même histoire. Après des mois d’entraînement, de compétitions et de sacrifices, arrive enfin le moment tant attendu de la coupure annuelle.
Une période de repos indispensable que le triathlète va méthodiquement essayer de saboter.
Voici les sept étapes de cette étrange tradition.
1. L’annonce officielle de la coupure
Tout commence par une déclaration solennelle :
« Cette année, je fais une vraie coupure. Deux semaines sans sport. J’en ai besoin. »
Le triathlète est convaincu. Sa famille est soulagée. Son vélo commence à espérer une retraite anticipée.
Le premier jour, tout se passe bien.
Le deuxième, il regarde la météo.
Le troisième, il se dit qu’une petite sortie de récupération ne compte pas vraiment comme du sport.
Le quatrième, il publie sur Strava :
« Petite sortie tranquille pour faire tourner les jambes. »
68 kilomètres. 780 mètres de dénivelé.
La coupure est officiellement terminée.
2. Le syndrome de Kona
Chaque mois d’octobre, le triathlète français est confronté à une situation particulièrement délicate.
Il fait 12 degrés dehors, il pleut depuis trois jours et son vélo est couvert de poussière.
Mais à Hawaï, des athlètes participent au championnat du monde IRONMAN sous une chaleur écrasante.
Cette année, l’événement retrouve même son format historique : femmes et hommes réunis à Kona sur une seule journée.
Forcément, notre triathlète regarde la course.
Au départ, simplement par curiosité.
Puis il commence à analyser les chronos, les puissances développées et les stratégies nutritionnelles.
Deux heures plus tard, il consulte les tarifs des inscriptions aux IRONMAN 2027.
« Finalement, je pourrais peut-être tenter un longue distance l’année prochaine. »
Sa dernière compétition était un triathlon S terminé en 1 h 42.
Mais il a senti qu’il lui restait des ressources.
3. Le bilan de saison, ou l’art de réécrire l’histoire
Octobre est également le mois du bilan.
Le triathlète ouvre ses résultats et analyse objectivement ses performances.
Enfin, objectivement…
- Natation : « J’aurais pu faire beaucoup mieux si je n’avais pas pris autant de coups. »
- Vélo : « Le vent était vraiment défavorable. Surtout à l’aller. »
- Course à pied : « Je n’avais pas les jambes. Sûrement à cause de l’alimentation. »
- Classement : « Il y avait quand même un gros niveau cette année. »
Au bout de vingt minutes, la conclusion est évidente.
Il possède un excellent potentiel.
Ce sont simplement les circonstances qui l’empêchent de l’exprimer depuis huit ans.
4. La redécouverte de la vie sociale
La coupure permet également de renouer avec une activité mystérieuse : passer du temps avec ses proches.
Le samedi matin, plus besoin de partir trois heures à vélo.
Le dimanche, plus de réveil à 5 h 30 pour rejoindre un parc à vélos.
Le triathlète découvre alors avec étonnement que sa famille possède des habitudes, des activités et parfois même des projets qui ne nécessitent pas de trifonction.
Il accepte une invitation au restaurant.
Il regarde un film jusqu’à la fin.
Il envisage même une grasse matinée.
Mais cette réconciliation avec la vie normale reste fragile.
Lors d’une promenade familiale, il aperçoit un cycliste.
« Tiens, c’est un beau vélo, ça. Je me demande combien il pèse. »
Son conjoint comprend immédiatement que la rémission sera courte.
5. L’angoisse du compte Strava inactif
Voilà maintenant cinq jours que le triathlète n’a rien publié.
Cinq jours.
Il ouvre Strava. Regarde les entraînements de ses amis.
L’un a couru 18 kilomètres. Un autre vient de battre son record sur home trainer. Un troisième a déjà commencé sa préparation 2027.
L’inquiétude monte.
« Ils vont tous progresser pendant que je perds mon niveau. »
Il referme l’application.
Puis la rouvre dix minutes plus tard.
Juste pour vérifier.
6. Le matériel : parce qu’une nouvelle saison commence toujours par un nouvel achat
La saison est terminée, mais les dépenses, elles, ne connaissent aucune trêve.
C’est même l’occasion idéale pour réfléchir à son équipement.
Ses chaussures ont 150 kilomètres au compteur ? Il faudrait peut-être anticiper leur remplacement.
Son vélo fonctionne parfaitement ? Un capteur de puissance serait quand même intéressant.
Sa montre indique déjà la fréquence cardiaque, la puissance, le sommeil, la récupération et probablement l’heure à laquelle il devrait aller se coucher ? Oui, mais le nouveau modèle possède un écran plus lumineux.
L’automne est une période dangereuse pour le compte bancaire du triathlète.
D’autant qu’il peut désormais justifier chaque achat avec une phrase imparable :
« C’est pour préparer correctement la saison prochaine. »
7. Le retour de la raison… pendant quelques minutes
Et si, finalement, la véritable réussite de cette période consistait simplement à accepter de lever le pied ?
Après une longue saison, réduire l’entraînement, récupérer, pratiquer d’autres activités et retrouver du temps libre peuvent faire beaucoup de bien.
Il n’est pas nécessaire de battre un record personnel en octobre.
Ni de préparer un Ironman.
Ni même d’enregistrer chaque promenade sur sa montre GPS.
Une coupure n’a pas besoin d’être parfaitement calculée pour être bénéfique. Sa durée et son contenu peuvent s’adapter à la fatigue accumulée et aux besoins de chacun.
Le triathlète pourrait profiter de cette période pour retrouver le plaisir de bouger sans chrono, sans objectif et sans pression.
Il pourrait.
Parce qu’au fond, il sait parfaitement que la récupération fait partie de l’entraînement.
Il l’a lu dans plusieurs livres.
Il l’a entendu dans des podcasts.
Son entraîneur le lui répète depuis des années.
Il est même capable de l’expliquer pendant une demi-heure à un débutant.
Mais entre savoir qu’il faut récupérer et réussir à le faire, il y a parfois la distance d’un Ironman.
Conclusion : rendez-vous à la saison prochaine !
Finalement, la coupure du triathlète ressemble beaucoup à une quatrième discipline.
Après la natation, le vélo et la course à pied, voici la récupération.
Une discipline qui ne nécessite aucun équipement, ne coûte rien et ne demande aucun entraînement.
Et pourtant, pour certains, c’est probablement la plus difficile des quatre.
La saison est terminée…mais les dépenses continuent !
Tu pensais profiter de la coupure pour laisser reposer tes jambes et surtout ta carte bancaire ? Mauvaise nouvelle : être triathlète, c’est aussi savoir dépenser de l’argent même quand on ne s’entraîne pas !
Dans Un triathlon… mais à quel prix ?, découvre avec humour les petites folies et les grandes contradictions de ce sport où l’on est prêt à dépenser une fortune pour gagner quelques secondes.